mardi 10 mai 2011

Lorsque tu seras vieux...



Par ce beau mardi de printemps, partageons quelques vers sur les saisons d'un amour !



Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille,
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs,
Au mois de mai, dans le jardin qui s'ensoleille,
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants. 

Comme le renouveau mettra nos coeurs en fête, 
Nous nous croirons encore de jeunes amoureux,
Et je te sourirai tout en branlant la tête, 
Et nous ferons un couple adorable de vieux. 

Nous nous regarderons, assis sous notre treille, 
Avec de petits yeux attendris et brillants, 
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille, 
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.



Sur le banc familier, tout verdâtre de mousse, 
Sur le banc d'autrefois nous reviendrons causer; 
Nous aurons une joie attendrie et très douce, 
La phrase finissant souvent par un baiser.

Combien de fois jadis j'ai pu dire : "Je t'aime!"
Alors, avec grand soin, nous le recompterons. 
Nous nous ressouviendrons de mille choses,
même de petits riens exquis dont nous radoterons. 

Un rayon descendra, d'une caresse douce, 
Parmi nos cheveux blancs, tout rose, se poser, 
Quand, sur notre vieux banc tout verdâtre de mousse, 
Sur le banc d'autrefois nous reviendrons causer.



Et, comme chaque jour je t'aime davantage, 
Aujourd’hui plus qu'hier et bien moins que demain 
Qu'importeront alors les rides du visage, 
Si les mêmes rosiers parfument le chemin? 

Songe à tous les printemps qui dans nos coeurs s'entassent. 
Mes souvenirs à moi seront aussi les tiens. 
Ces communs souvenirs toujours plus nous enlacent 
Et sans cesse entre nous tissons d'autres liens; 

C'est vrai, nous serons vieux, très vieux, faiblis par l'âge, 
Mais plus fort chaque jour je serrerai ta main, 
Car, vois-tu, chaque jour je t'aime davantage 
Aujourd’hui plus qu'hier et bien moins que demain !



En ce cher amour qui passe comme un rêve
Je veux tout conserver dans le fond de mon coeur, 
Retenir, s'il se peut, l'impression trop brève, 
Pour le ressavourer plus tard avec lenteur. 

J'enfouis tout ce qui vient de lui comme un avare
Thésaurisant avec ardeur pour mes vieux jours. 
Je serais riche alors d'une richesse rare, 
J'aurais gardé tout l'or de mes jeunes amours, 

Ainsi de ce passé de bonheur qui s'achève 
Ma mémoire parfois me rendra la douceur; 
Car de ce cher amour qui passe comme un rêve 
J'aurais tout conservé dans le fond de mon coeur. 



Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille, 
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs, 
Au mois de mai, dans le jardin qui s'ensoleille, 
Nous irons réchauffer nos vieux membres tremblants. 

Comme le renouveau mettra nos coeurs en fête, 
Nous nous croirons encore aux jours heureux d'antan, 
Et je te sourirai tout en branlant la tête, 
Et tu me parleras d'amour en chevrotant. 

Nous nous regarderons, assis sous notre treille, 
Avec des yeux remplis des pleurs de nos vingt ans... 
Lorsque tu seras vieux et que je serai vieille, 
Lorsque mes cheveux blonds seront des cheveux blancs.



Rosemonde Gérard (épouse d’Edmond Rostand et mère de Jean Rostand)





Belle journée à toutes et tous !



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